Panneau épigraphique, porte du Gur-e Mir de la galerie est, XVe siècle, Gur-e Mir Samarkand, Ouzbékistan. Crédit F. Orain 2024

Photo : panneau épigraphique, porte du Gur-e Mir de la galerie est, XVe siècle, Gur-e Mir Samarkand, Ouzbékistan. Crédit F. Orain 2024

2e atelier interdisciplinaire " Etudes iraniennes et approches environnementales"

Lundi 16 février 2026, 10h00-13h00, Maison de la Recherche de la Sorbonne Nouvelle, Salle Athéna (4 rue des Irlandais, Paris Ve).

Cet atelier est organisé conjointement par l’Université Aix-Marseille, la Sorbonne Nouvelle et l’Inalco, avec le soutien du CeRMI (UMR 8264), de l’IREMAM (UMR 7310), et de BioArch (UMR 7209).

Exploiter et valoriser les ressources végétales dans le monde iranien prémoderne

Organisateurs : Camille Rhoné-Quer (Université Aix-Marseille & IREMAM), Justine Landau (CeRMI & Université Sorbonne Nouvelle), Matteo de Chiara (CeRMI & INALCO). Contact : camille.rhone[at]univ-amu.fr
 
Grâce au renouveau porté depuis plusieurs années par l’archéobotanique, de nombreux travaux éclairent avec une précision croissante les processus de domestication et de circulation des espèces végétales à travers le monde, notamment dans l’aire eurasiatique. Dans ce vaste espace structuré par d’innombrables réseaux d’échanges, dont les routes de la soie ne sont qu’un aspect, la diffusion des savoirs et des techniques sur les plantes et leurs usages fait écho aux multiples enjeux économiques, sociaux et culturels liés au monde végétal. Les plantes sont omniprésentes dans le quotidien des populations des mondes turco-iraniens, très largement tournées vers les activités agricoles. L’objectif de cet atelier est de proposer, à travers une approche interdisciplinaire, une meilleure compréhension des connaissances et des méthodes employées, pendant l’Holocène (terme désignant les 10 000 dernières années) pour produire, consommer, soigner et conserver les plantes sous toutes leurs formes. La mobilisation de spécialistes de diverses disciplines relevant des sciences des paléoenvironnements, sciences humaines et sociales, langues et littératures permet de réfléchir à la complémentarité des sources, qu’elles soient issues de cultures savantes ou populaires, matérielles ou textuelles, orales ou écrites, privées ou publiques.
 
PROGRAMME

Jean-Charles Ducène (EPHE) - Les plantes de l’espace iranien dans le Kitāb al-ǧāmi‘ li-ṣifāt aštāt al-nabāt d’al-Idrīsī (m. c. 1165)

Le géographe sicilien Abū ‘Abd Allāh al-Idrīsī est également l’auteur d’un important ouvrage de botanique et de pharmacologie, encore inédit, le Kitāb al-ǧāmi‘ li-ṣifāt aštāt al-nabāt (« Traité des propriétés des diverses plantes et des différents types de médicaments simples »), dans lequel il énumère par ordre alphabétique plus de neuf cents plantes et substances en précisant leurs noms, leur origine et leurs propriétés. Dans l’introduction, l’auteur explique avoir voulu donner un classement à jour des plantes connues, en incluant celles qui étaient inconnues des sources anciennes et provenant principalement d’Asie. Dans cette contribution, nous allons examiner quels sont les produits naturels qu’al-Idrīsī considère comme iraniens par leur origine ou leur transit, et quelles sont les régions iraniennes qui semblent prépondérantes selon lui.
 
Justine Landau (CeRMI) – Soigner par les plantes, soigner par la rime : la poésie thérapeutique de Hakim Maysari

Composé entre 978 et 980 de l’ère commune par un certain Hakim Maysari, médecin actif au Khorasan sous le règne des Samanides, le Dānesh-nāme dar ʿelm-e pezeshki est une œuvre rare à plus d’un titre. Identifié dans un unique manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF, MS Persan 310), l’ouvrage constitue non seulement le plus ancien traité médical connu en langue persane, mais un rare témoignage du savoir médical iranien antérieur au célèbre Qānun fi’l-ṭebb (Canon de la médecine) d’Avicenne, achevée en arabe vers 1020. Le texte, rédigé dans la forme d’un masnavī de près de cinq mille distiques sur le mètre hazaj, propose un abrégé de médecine à la fois complet et accessible, où affections et remèdes sont ainsi mis en vers, et en rimes. Cette communication visera à établir certains des principes qui gouvernent dans ce traité le classement des plantes et des drogues, et tentera de tracer l’horizon thérapeutique visé par Maysari.
 
France Orain (Orient et Méditerranée & CeRMI) - Une approche matérielle et technique des boiseries timourides : essences et forêts d’Asie centrale et d’Iran au XVe siècle

Aux XIVe et XVe siècles, le monde centrasiatique et le monde iranien passent sous la domination de la dynastie timouride (1370-1506). Cette période est marquée par le développement de grands centres urbains, intellectuels et culturels. Au contact du patronage royal et élitaire, Samarkand, devenue capitale de la dynastie en 1370 sous le règne de Timur (r.1370-1405), s'affirme comme un centre artistique majeur. Les arts du bois ont ainsi bénéficié de ce mécénat et ont connu un développement particulier à Samarkand à cette période. Cette communication se propose d’aborder les boiseries sous un angle matériel, afin de montrer comment l’étude de ce corpus, croisé avec des sources persanes, arabes et européennes contemporaines des Timourides, permet de mieux comprendre l’exploitation des forêts locales aux XIVet XVe siècles. Elle vise également à mettre en lumière la circulation des essences de bois entre l’Iran et l’Asie centrale avec la Chine, l’Inde et l’Afrique, le long des routes de la soie.