Algérie-France, la voix des objets, 4e édition

Marches citoyennes d’aujourd’hui et d’hier

- 27 janvier, 3 et 10 février 2020, Mucem, Marseille.

Une saison conçue par le Mucem avec Florence Hudowicz, Camille Faucourt (conservatrices) et Christian Phéline (historien).

Le Mucem interroge les relations qu’entretiennent depuis près de deux siècles la France et l’Algérie, mais aussi leurs échos dans la vie actuelle de chacun des deux pays : à travers une vitrine présentant une sélection d’images et d’objets (visibles dans le forum du J4) et une série de trois tables rondes animées par la journaliste Daikha Dridi, il s’agit pour cette 4e saison de mieux comprendre l’ample mobilisation pacifique que porte la population algérienne depuis février 2019, en évoquant les grandes manifestations démocratiques dont elle fut déjà l’actrice au cours des trois dernières décennies de la période coloniale.

1936-1937, 1945, 1960-1961, en chacune de ces circonstances comme pour le mouvement en cours en Algérie, la mobilisation sera approchée à l’aide des mêmes questions : Où ? La rue comme espace public à conquérir ou reconquérir… Qui ? Un peuple dans la diversité de ses forces vives : jeunes, femmes, syndiqués… Pour quoi ? La démocratie et tous ses droits, jusqu’à l’autodétermination hier, et l’exigence d’une « Deuxième République » aujourd’hui…

Programme 

Lundi 27 janvier 2020 à 18h30, table-ronde "Où ? La (re)conquête publique de la rue"

Avec Omar Carlier et Marie Chominot-Louanchi (historiens). Modération : Daikha Dridi (journaliste).

La population algérienne porte la mémoire d’une longue tradition de l’action publique de masse, qui tient à la participation dès 1936-1937 aux mobilisations politiques et syndicales du Front populaire, mais aussi à ses rassemblements propres (Congrès musulman, Étoile nord-africaine puis Parti du peuple algérien…) ; les cortèges du 8 mai 1945 ; les mobilisations indépendantistes du 11 décembre 1960 à Alger et du 17 octobre 1961 à Paris… L’évocation de ces précédents - dont certains, on le sait, se sont heurtés à la plus vive répression - permet d’interroger la manière dont, à son tour, le hirak (« le mouvement populaire », « la mobilisation citoyenne ») a reconquis la rue comme espace public et y a imposé une présence organisée de ses symboles : drapeau, slogans, chants. Qu’est-ce qui fait la force de cette mobilisation pacifique ? Quelles leçons a-t-elle tirées des grands mouvements de 1980 et de 1988 ? Quels risques doit-elle affronter ?

- Lundi 3 février 2020 à 18h30, table-ronde "Qui ? Un peuple, ses forces vives"

Avec Maïssa Bey (romancière) et Pierre Vermeren (historien). Modération : Daikha Dridi (journaliste).

Un mouvement qui réunit en masse depuis des mois femmes et hommes de tous âges, origines et conditions invite à réinterroger nombre des questions propres à l’émergence du peuple algérien dans l’histoire : quelles mobilisations professionnelles ou locales ont préparé le mouvement actuel ? Quel rôle ont joué les femmes dans l’action collective, aujourd’hui comme hier, et quel statut auront-elles dans l’Algérie de demain ? Comment la jeunesse actuelle se réapproprie-t-elle l’histoire de la libération nationale et celle de l’Algérie indépendante ? Comment les Algériens savent-ils faire du langage et de l’humour l’une des meilleures armes de leur combat ?

Lundi 10 février 2020 à 18h30, table-ronde "Pour quoi ? L’exigence de démocratie et de pluralisme"

Avec Charlotte Courreye (historienne) et Mohamed Kacimi (romancier et dramaturge). Modération : Daikha Dridi (journaliste).

Au prix de huit années de guerre, l’indépendance du pays a matérialisé ce droit démocratique d’un peuple à disposer de lui-même déjà revendiqué en 1945, et même à partir de 1936 par l’Étoile nord-africaine-PPA appelant à une « Constituante souveraine »… En parlant d’une « seconde indépendance », d’une « Deuxième République », d’un « État civil et non militaire », les membres du hirak exigent que la population reconquière une souveraineté pluraliste dont elle a été dépossédée dès juillet 1962. Les bases mêmes du « système » en place depuis lors sont ainsi remises en débat. Quel type de vie civique inventer, qui puisse échapper au contrôle par les forces de « l’État profond » ? Comment garantir la sincérité des élections, le caractère civil de l’État et une réelle séparation des pouvoirs ? L’« algérianité » peut-elle se réduire à la référence « arabo-musulmane » ? Qu’attendre à l’avenir des Algériens de France et des binationaux ?

Retrouver la programmation complète sur le site du Mucem