Séminaire doctoral MESOPOLHIS/IREMAM - Conflictualité, coopération et (re)composition de l'Etat dans l'espace méditerranéen et moyen-oriental contemporain (2026)

AlJumhuriya.net


Photographie du drapeau de la révolution syrienne oubliée en avril 2025 @ AlJumhuriya.net

Comité d’organisation : Alessandro CECCHINI, doctorant en histoire contemporaine au MESOPOLHIS, Emilien DEBAERE, doctorant en science politique au MESOPOLHIS, Hélène FRANC, doctorante en histoire contemporaine au MESOPOLHIS et Jules GRANGE GASTINEL, doctorant en science politique à l’IREMAM et au CEDEJ.

Ce séminaire interdisciplinaire s’intéresse aux périodes d’escalade de la conflictualité en Méditerranée et au Moyen-Orient à l’époque contemporaine. Il se propose d’étudier les phases de décomposition de l’État et les différentes formes de concurrence par et pour l’État.
La guerre civile libanaise (1975 – 1990) constitue un exemple du morcellement de l’État entre divers acteurs partisans et internationaux. Elle a été précédée par une phase de montée en tensions politiques et sociales et la déstructuration progressive de l’État libanais par une multitude d’acteurs, dont certains étaient pourtant pleinement intégrés au sein des institutions étatiques. Cette phase a érodé l’apparente unité de l’État pour mener à une conflictualité directe et violente entre acteurs privés et publics, nationaux et internationaux (France, 2019 et Corm, 2012).
Il s’inscrit dans une histoire politique des fragilisations et des recompositions au sein de l’État, marquée par des tensions sociales, des conflits et un délitement de l’autorité centrale. Il se positionne dans la sociologie des guerres civiles (Baczko et Dorronsoro, 2017) et questionne la fabrique paradoxale de l’État (Grajales et Le Cour Grandmaison, 2019) dans un contexte de conflit ou de concurrence entre les acteurs, tant pour son incarnation que sa domination (Arjona, Kasfir, et Mampilly, 2015). Il propose également d’étudier la privatisation des États (Hibou, 1999) et les mécanismes de compétition et de coopération entre acteurs publics, privés et partisans pour le contrôle du pouvoir. L’incarnation de l’État par celui qui le “mime” (Popineau, 2023) et reprend certaines de ses prérogatives sera au cœur de notre questionnement.
Ce séminaire analyse les mécanismes de conflits, concurrences et coopération, qu’ils soient inter-étatiques, trans-étatiques ou intra-étatiques, entre divers acteurs, de quelque nature qu’ils soient. L’espace méditerranéen nous semble à ce titre pertinent à étudier, particulièrement au XXème siècle.
En effet, la Méditerranée comme espace géographique et objet d’étude et de concept illustre parfaitement cette dynamique d’enchevêtrement des conflictualités et des coopérations, à des échelles allant du régional à l’international (Westad, 2017). On pourrait ici penser à une période spécifique du conflit israélo-arabe (1967-1973) qui, bien qu’étant matériellement circonscrit au Moyen-Orient, répond également à des logiques de guerre froide et de lutte Est/Ouest (Ashton, 2007). Ainsi, dans l’espace méditerranéen de guerre froide, le terme « conflictualité » revient sans cesse dans le discours des décideurs politiques et des diplomates. Pourtant, tout est mis en œuvre pour contenir cette conflictualité latente entre le bloc occidental et le bloc soviétique, entre pays du Nord et du Sud (Badalassi, 2021), entre ethnies locales et classes sociales, afin d’éviter toute déflagration. Ainsi, dans les imaginaires de la coopération et de la paix sont fortement investis (Calandri et al. 2016), voire surreprésentés dans les discussions et déclarations des États riverains, notamment lors des années 1970, période marquée par des tensions croissantes et un basculement stratégique.
Il s’agira donc d’analyser comment se conjuguent coopération et conflictualité, logiques de blocs et logiques étatiques dans l’espace méditerranéen, et comment les violences sont absorbées, digérées, puis redirigées ou utilisées par les États-nations, les institutions internationales ou des structures paraétatiques.
Nous souhaitons adopter une grille d’analyse résolument multidisciplinaire afin d’élargir notre approche à un espace aussi vaste que complexe, et à un objet d’étude fondamentalement protéiforme. Dans ce cadre, toute proposition de communication directement ou indirectement liée aux thématiques du séminaire est la bienvenue, dans toute discipline des sciences sociales.

Avec ce séminaire, nous souhaitons proposer un rendez-vous mensuel aux jeunes chercheur.euses en sciences humaines et sociales, travaillant sur les thématiques mentionnées ci-dessus.

Les séances dureront 2h. Chaque séance accueillera deux interventions d’une durée de 20 à 25 minutes chacune. Un.e discutant.e sera également invité.e à chaque séance, afin de proposer des retours et lancer la discussion, qui sera ensuite ouverte à l’audience.
Les séances se dérouleront en format hybride : en présentiel à Aix-en-Provence dans les locaux du MESOPOLHIS ou de l’IREMAM et sur Zoom. Le séminaire aura lieu en français et en anglais, en fonction de la langue des propositions retenues. Inscription obligatoire via ce lien et contact : semdoc.mesopolhis [at] gmail.com

PROGRAMME

Séance 1 - Mercredi 1er avril 2026, 15h00-17h00, Mmsh, salle A154 et en visioconférence : lien Zoom 
« Entre interventions extérieures et dynamiques internes : trajectoires de délitement étatique en Irak et en Yougoslavie ».

- Myriam ESSID, docteure en histoire contemporaine à l’Université de Paul Valéry, Montpellier 3. "Entre soutien, contention et délitement : les Etats-Unis face aux recompositions de l’Etat irakien (1958-1990)".

- Grégoire SORIA-METAIS, doctorant au Mesopolhis. "Victoire pour les insurgés, tourments pour les défaits : les logiques de violences et de coopération lors de la décomposition de la République de Yougoslavie (1995-2006)".

Discutant : Thibaud Laval, chercheur associé à l’IREMAM et à l’Ifpo.

Séance 2 - Mercredi 22 avril 2026, 10h00-12h00, en visioconférence uniquement : lien Zoom
« Souveraineté(s) et gouvernance(s) en Algérie contemporaine et postcoloniale ».

- Paul AUDINET, doctorant en histoire contemporaine à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. "L’inflexion d’un rapport de force : la coopération pétrolière franco-algérienne à l’épreuve de la souveraineté (1963-1964)".

- Nadir ELALOUANI, maître de conférences à l’université d’Illizi (Algérie). "Entre la Jama'a et l'Etat : le rôle du Majlis al-A'yan ibadite dans la gouvernance municipale à Ghardaïa en Algérie".

Discutant.es : Eric Lechevallier, chef du pôle publics des archives diplomatiques de Nantes et doctorant en histoire des relations internationales à Nantes Université et [2ème discutant à venir]. 

Séance 3 - Jeudi 28 mai 2026, 14h00-16h00, en format hybride (lieu à venir). « Stigmatiser un groupe social pour légitimer son propre pouvoir : les cas des monarchistes iraniens et de la monarchie libyenne ».

- Sepideh SAGHAFIAN, EPHE Paris, “The Iran-Israeli conflict and the Iranian monarchist diaspora”.

- Reda TAMTAM, doctorant à Princeton University, “Antisemitism as Crisis Governance in the Kingdom of Libya (1951-1969)”.

Discutant.es : [noms des discutant.es à venir]

Séance 4 - Mardi 16 juin 2026, 14h00-16h00, en format hybride (lieu à venir). « Conflictualités identitaires et contre-modèles étatiques dans l’espace turco-kurde : mobilités, engagements et recompositions politiques ».

- Etienne CHERCHOUR, doctorant à Paris 3 et membre de l’équipe de recherche Intégration et coopération dans l’espace européen (RA 2291 - ICEE). "De l’état nation au communalisme : trajectoires militantes et production d’un contre-modèle étatique chez les jeunes kurdes".

- Cléa PINEAU, docteure en science politique, Paris 1 & CESSP. "Mobilités, bourgeoisie minorisée et partis politiques. Résistance à la polarisation identitaire à Mersin en Turquie".

Discutant : Boris James, docteur en histoire et chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient, maître de conférences à l’université Paul Valéry, Montpellier-3.