
Photo : séance de dactylographie, Frères des écoles chrétiennes de Jérusalem, fin des années 1930 (libre de droits)
Séminaire PredicMO « Retours de terrain »
Lundi 15 juin 2026, 13h00-15h00, médiathèque de la Mmsh, salle Seurat, Aix-en-Provence et en visioconférence.
Lien Zoom / ID de réunion : 844 0819 4175 / Code secret : 156721
Intitulée « Retours de terrain », la séance portera sur la présentation des travaux en cours des quelques membres de l’ANR. Annalaura Turiano présentera un projet de collecte et de numérisation de revues associatives coptes publiées au Caire entre les années 1930 et 1960, en interrogeant leur rôle dans la diffusion de la prédication en Égypte. Norig Neveu et Karène Sanchez Summerer analyseront quant à elles les photographies missionnaires catholiques en Palestine sous mandat britannique (1920–1950), en questionnant leur rôle dans la prédication, la légitimation religieuse et le soft power dans un contexte de profondes mutations politiques et sociales. Thomas Pierret présentera les nouveaux dispositifs de prédication islamique investissant l’espace public damascène depuis 2024. Ensemble, ces interventions mettent en lumière la manière dont les supports visuels et imprimés participent à la construction, à la circulation et à l’autorité des discours religieux.
- Annalaura Turiano, Prêcher via des magazines ? Revues associatives coptes et matérialité de la prédication en Égypte (1930-1970).
Cette intervention portera sur un projet de collecte et de numérisation de quelques revues associatives coptes — parmi lesquelles Majallat Mâr Girgîs, Risâlat Jam‘iyyat Asdiqâ’ Al-Kitâb Al-Muqaddas et Majallat al-Imân — publiées au Caire entre les années 1930 et 1960. Ce projet collaboratif, lancé en novembre 2025 en partenariat avec l’association SARD, basée au Caire, vise à mettre en lumière l’intérêt de ces revues pour l’étude de l’histoire de la prédication en Égypte. L’intervention proposera également d’explorer le potentiel d’une approche centrée sur leur matérialité, à travers une analyse formelle des rubriques, des illustrations et des éléments graphiques qui les composent.
- Norig Neveu et Karène Sanchez Summerer, Représenter une nouvelle Terre sainte ? Photographies missionnaires catholiques d’une Palestine en mouvement (1920–1950).
Dès la fin du XIXe siècle, la Terre sainte est « redécouverte » à travers les études bibliques et les pèlerinages, souvent présentée comme un espace rural intemporel. Pourtant, l’entre-deux-guerres marque une rupture sous le mandat britannique, avec la Nahda, la montée du nationalisme arabe et l’affirmation du projet sioniste. Cette intervention explore comment les photographies missionnaires catholiques de cette période ont servi d’outils de prédication et de légitimation, mêlant récits religieux et documentation visuelle. Les images missionnaires — écoles, hôpitaux, cérémonies — visaient à convaincre les donateurs, justifier la présence chrétienne et renforcer l’autorité ecclésiastique. Mais au-delà de ces scènes attendues, elles captent aussi des interactions quotidiennes, des transformations sociales et des tensions souvent absentes des récits officiels. Elles révèlent une société en mutation, marquée par l’urbanisation, les bouleversements économiques et de nouveaux paysages religieux, tout en mettant au jour les écarts entre le discours missionnaire et la réalité. Dans un contexte impérial, ces photographies ont fonctionné comme des instruments de soft power, en concurrence avec les récits visuels protestants et sionistes, et s’adaptant aux exigences politiques. En analysant ces archives parallèlement aux sermons et rapports de mission, cette intervention interroge comment la prédication visuelle a façonné — et été façonnée par — les dynamiques coloniales et religieuses de la Palestine sous mandat.
- Thomas Pierret, « Manifester sa religion » : l'irruption dans l’espace public des groupes de prédication salafiste en Syrie.
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Sharaa en décembre 2024, des groupes de prédication salafiste ont fait irruption dans l’espace public syrien. Ils y déploient des répertoires d’action qui les singularisent par rapport aux (nombreux) groupes de prédication d’autres obédience (Tablighis, soufis, Frères Musulmans, etc.), qui opèrent généralement dans des mosquées, écoles ou résidences privées : placardages, « da’wa cars » (camionnettes équipées de hauts-parleurs), harangues délivrées en pleine rue, distribution de livres ou encore distributions de trousseaux de vêtements féminins « licites » (voile intégral, gants, etc.) dont les « bénéficiaires » sont invitées à défiler et à remercier publiquement le prédicateur à l’origine de cette distribution. Comme l’ont souligné Aaron Rock-Singer et Stéphane Lacroix dans le cas égyptien, le souci salafiste de « manifester sa religion » (iẓhār al-dīn) s’inscrit dans une dynamique de distinction et de concurrence vis-à-vis des autres acteurs du champ religieux. Dans le cas présent, toutefois, il traduit aussi une forme d’impatience voire de déception à l’endroit d’un nouveau régime qui, en dépit de ses origines idéologiques, reste pour l’heure prudent quant à la mise en œuvre d’une politique d’islamisation de l’État et de la société.